Le Trophée m'avait été remis en 1995 alors que je venais d'être élu doyen de la Faculté de Droit de Strasbourg. Mon mandat s'est achevé cinq ans plus tard et je n'ai pas été candidat à un renouvellement, pensant que la démocratie universitaire exige une rotation des tâches. Depuis, je continue à assurer mes fonctions d'enseignant-chercheur que je n'avais d'ailleurs jamais abandonnées, ni même réduites pendant mon décanat.

Il me semble que ce Trophée distinguait surtout le symbole d'une insertion réussie dans un cursus universitaire classique, ce qui n'était pas une chose évidente à l'époque de mes études pour ceux qui commençaient par Sciences Po et qui formaient presque une minorité par rapport à ceux qui entraient en 2ème année avec des diplômes traditionnels.Sciences Po était à part, ce qui faisait tout son charme et nous donnait l'avantage d'une grande diversité d'enseignants, dont de nombreux doyens (car il n'y avait que quelques assistants affectés comme enseignants permanents à l'Institut). Mais si l'on voulait embrasser une carrière universitaire, et bien sûr devenir doyen, ou bien si l'on aspirait à entrer dans une profession réglementée, il fallait rejoindre les facultés. Ainsi, beaucoup de mes amis étaient devenus de grands spécialistes des brochures d'information et autres guides des études pour y dépister des passerelles et des équivalences intéressantes. Ceci a nettement changé et l'accès direct à des filières doctorales ou à des formations professionnelles est maintenant largement répandu.

Cependant, pour rentrer dans le rang facultaire, j'ai beaucoup profité de mes années à Sciences Po avec l'apprentissage d'une méthode de travail et d'un esprit critique indispensable à la recherche, spécialement en droit. On avance plus vite et plus efficacement, grâce aussi à une bonne ambiance de camaraderie qui caractérise l'Institut.

Je crois que ceci perdure dans l'institution actuelle, comme je le perçois en enseignant le droit du travail en 4ème année mais aussi en parlant de Sciences Po avec mes propres enfants. Car je peux avoir la fierté de voir deux d'entre eux figurer également dans l'annuaire des anciens élèves : Nicolas (Service Public 1999) et Sarah (Administration Publique 2005). Un troisième a failli les accompagner, mais ne mettra finalement jamais les pieds à l'ensemble Saint-Georges : Ivan, admis sur titre en 1998, s'apprêtait à rejoindre la réunion de rentrée quand il reçut les résultats du concours de Paris et choisit donc d'entrer plus tard dans un autre annuaire (Ecofi 2002)...

Ainsi je pense que je n'ai pas été trop ennuyeux en racontant parfois mes vieux souvenirs de jeunesse et que j'ai même réussi à communiquer un peu de l'extraordinaire enthousiasme avec lequel j'ai vécu ces années d'études. Et ensuite ceci a été confirmé entre frères et soeurs. Une affaire de famille, en somme, même si ma chère épouse Adrienne ne bénéficie pas de la dignité d'ancienne de Sciences Po et qu'elle doit parfois protester contre cette hégémonie, surtout quand ses enfants lui suggèrent de rejoindre nos rangs en utilisant sa maîtrise d'anglais pour entrer à l'IEP par équivalence ! En réalité, ce n'est pas nécessaire car elle avait bien accepté que notre mariage soit célébré par le Directeur de l'IEP en personne, le Professeur François-Georges DREYFUS, et qu'elle s'est ainsi placée sous le patronage de notre grande maison. L'anniversaire de Sciences Po est donc, pour moi, une vraie fête de famille !

 

Diplômé de la Section Economie et Finances 1971, Norbert OLSZAK est également titulaire d'une maîtrise en droit, d'un DES d'histoire du droit, d'un DES de sciences politiques et d'un Doctoral d'Etat en droit. Professeur agrégé des facultés de droit, il enseigne à l'Université Robert Schuman de Strasbourg dont il a été doyen de la Faculté de Droit (1995-2000).