Parler de Sciences-Po, 30 ans (ou presque) après en avoir été diplômé est un exercice bien difficile quand le rythme des journées de travail n'encourage pas, le soir venu, à l'introspection.

Pour autant, en me livrant à cet exercice, force est de constater que les motivations qui m'ont conduit à suivre l'enseignement de l'I.E.P de Strasbourg n'ont jamais varié : goût du droit, de l'Histoire, du service de l'Etat... et surtout volonté de comprendre une société qui "change pour que rien ne change". Je garde de ces trois années passées à l'I.E.P de Strasbourg, si brèves pourtant au regard d'une existence entière, le sentiment d'avoir pleinement répondu à ces attentes.

Peu importe en définitive les connaissances livresques que chacun peut y acquérir : l'I.E.P forme d'abord les esprits à rechercher au-delà des apparences et des réalités convenues, le sens exact du monde qui nous entoure. De ce fait, l'enseignement de l'I.E.P n'est en quelque sorte jamais terminé : on en sort, non avec un " bagage ", mais avec un appétit de savoir, une curiosité intellectuelle qui ne doivent jamais se tarir sous peine de perdre précisément cet esprit dit " Sciences-Po ". Tout au long d'une carrière marquée par une formation et des expériences très différentes de celles partagées à l'I.E.P, je me suis efforcé de rester fidèle à cet état d'esprit, pour ne pas dire à cet idéal.

Force est de reconnaître que 29 ans après l'obtention de mon diplôme, je ne regrette rien de la démarche qui m'avait amené en septembre 1973 à pousser les lourdes portes de ce brave "Palais U" où siégeait alors l'I.E.P.

Quels conseils pour les jeunes diplômés ? Précisément rester toujours virtuellement de "jeunes diplômés" ! Ne jamais juger la société et les individus qui la composent en fonction de connaissances théoriques ou de l'air du temps mais uniquement à l'aune de leurs propres expériences, de leur propre appréciation, éviter de confondre maturité et cynisme et, surtout, se souvenir que, futurs cadres, leur savoir et leur pouvoir ne doivent tendre en définitive qu'au bien commun.

 

Diplômé de la Section Service Public 1976, Thierry LESPINET est également licencié en droit et ancien élève de l'Ecole du Commissariat de l'Air. Commissaire colonel de l'Air, il est actuellement Chef de la division soutien personnel flux à l'état major de l'Armée de l'Air.