Nombre de formations universitaires sont des passages obligés qui vous glissent sur la peau, et qu'il est urgent d'oublier sitôt que l'on en est sorti.

Sciences Po, c'est autre chose. Parce que la méthode l'emporte sur l'accumulation des connaissances, lesquelles, c'est bien connu, sont de plus en plus rapidement obsolètes dans ce monde changeant. Plus que l'épaisseur des piles de cours ingurgitées, comptent ici l'ouverture d'esprit, la curiosité, les stimuli intellectuels tous azimuts... Et imaginez ceci, en plus pour ma promotion (1969), dans le bouillonnement d'idées de mai 68 !

Bien sûr, cela ne s'enseigne pas comme une science dure, et ne donne pas la bonne conscience rassurante de la parfaite connaissance d'un code ou d'un quelconque polycopié. Cela se transmet subtilement, par le questionnement, la suggestion, la " proposition ", comme disent les artistes.

Sciences Po vous insinue dans les veines un philtre à effet à long terme. Alors, Po comme Potter ? Non, l'IEP n'est sans doute pas à confondre avec une école de sorciers. Mais quand même, quel apport, et quels rapports, entre les cours de sociologie de l'Islam, la géographie de l'Altiplano, la structure du budget de l'Etat et les relations sino-japonaises ?

La réponse est simple : aiguiser des esprits non formatés, les rendre capables de lire un journal. Puisqu'en définitive, il est là, l'objectif : rendre les étudiants capables de lire intelligemment un grand quotidien national ! (de mon temps, on disait simplement : Le Monde). Avec en prime, quelques vraies connaissances sur des sujets variés, juridiques, économiques, historiques… Pouvoir lire intelligemment un journal, quelle merveille ! Et non pour faire de l'étudiant un brillant causeur ; mais en faire un être susceptible d'aller voir très vite plus loin et plus profondément. Et ainsi le rendre plus sûr, plus efficace… et aussi plus libre.

Et puis, last but not least, je n'oublierai pas cette qualité inouïe, qui nous différencie de la plupart de nos contemporains : avoir appris à traiter n'importe quel sujet en deux parties et deux sous-parties ! Vous n'imaginez pas, jeunes diplômés, comme il est utile tout au long de la vie professionnelle, de pouvoir dire clairement, de façon cohérente et exhaustive, ce qu'à tant d'autres il faut arracher par bribes !

Merci, Sciences Po !

 

Diplômée de la Section Service Public 1969, Laurence WINTER est également licenciée d'Anglais et titulaire d'une maîtrise de droit public. Elle est actuellement Directrice de la Communication du Crédit Industriel d'Alsace et de Lorraine (CIAL).