Sciences-Po, c'est quoi ?

Un univers un peu refermé sur lui-même, peuplé de "sciences-poseurs", habiles gloseurs, parfois forts en gueule ou esthètes nonchalants, posant sur le monde un regard ironique et distant ?

Une boîte à bosser avec contrôle continu, conférences de méthode, exposés, fiches de lecture, synthèses, dossiers de presse, mémoires et sport obligatoire ?

Une caisse de résonance de tous les débats politiques, repris et amplifiés par des représentants de tous les bords s'apostrophant, discutant, se chamaillant, se réclamant de ... et contestant que ... ?

Une école formant à la compétition et distillant les réflexes permettant de faire effet dans les salons au moyen d'un vernis culturel ?

Un plan en deux parties de trois sous-parties chacune avec introduction et conclusion-ouverture ?

Sciences-Po, c'est un peu tout cela, avec son côté folklorique et son côté sérieux, son côté touche à tout et son côté réflexion, bref une institution extraordinairement vivante, reflet de la complexité du monde, miroir des débats qui l'agitent, mais aussi lieu de réflexion, de synthèse, capable de fournir des clés de compréhension des fondamentaux de nos sociétés.

En un mot, une Grande Ecole terriblement attachante que je très heureux d'avoir fréquentée.

Outre de solides connaissances, j'y ai appris que la forme est aussi importante que le fond, acquérant ainsi les outils de base de la communication à une époque où celle-ci n'occupait pas encore le devant de la scène (merci les conférences de méthode).

J'y ai rencontré des enseignants proches, disponibles, fascinants : je me souviens d'amphis bondés pour suivre le samedi de 10 heures à 13 heures - horaire ô combien ingrat ! - le cours d'économie internationale de Monsieur Louis Schweitzer. Je me rappelle le silence religieux qui régnait lors du cours de droit constitutionnel international du Professeur Jean de Soto. Il m'arrive souvent de penser aux soirées passées dans quelque winstub strasbourgeois où nous dînions avec Monsieur Daniel Lallier, Inspecteur Général des Finances, qui rejoignait l'Alsace le vendredi soir pour assurer son cours le lendemain et qui nous faisait part des derniers bruits de la capitale autour d'un plat régional. Je ne puis m'empêcher de mentionner avec grand respect Madame Sabine Urban, Professeur d'économie, qui a été mon maître de mémoire de fin d'études et avec qui j'ai l'honneur de correspondre encore aujourd'hui.

Quant aux étudiants, quelle palette de caractères et de personnalités ! De l'extrême droite à l'extrême gauche, des militants, des engagés, des révolutionnaires, des réactionnaires, mais aussi des artistes, des rêveurs, des entrepreneurs et bien sûr une majorité, plus discrète, de bosseurs dont je faisais partie. Mais étudier la société quand on a la chance de pouvoir fréquenter quotidiennement une telle diversité d'opinions n'est-ce pas une approche unique de celle-ci ? Bien plus, c'est une école de vie enrichissante quand on l'aborde avec tolérance et respect d'autrui, tout en restant fidèle à ses propres valeurs et convictions. Et ceci constitue sans doute " l'esprit Sciences-Po Strasbourg " dont je garderai toujours une grande nostalgie : la qualité d'un enseignement exigeant combiné avec la richesse des étudiants qui fréquentent ses cours.

Aux jeunes diplômés de Sciences-Po, je ne peux que conseiller de tirer profit de ce passage dans un lieu d'exception, porteur d'humanisme, car il essaie de faire de chacun un honnête homme avec les responsabilités qui s'y attachent.

 

Diplômé de la Section Economie et Finances 1974, Pascal BANGRATZ est également titulaire du Certificat d'Aptitude à l'Administration des Entreprises de Strasbourg. Après avoir été Attaché de Direction à la Société Alsacienne de Développement Régional d'Alsace (1979-1983), il devient Directeur Administratif et Financier puis Directeur Général de Matra Tandy Electronique (1983-1988). Responsable Administratif et Financier des cinq filiales commerciales du groupe textile Arlington Socks GmbH (1988-1991), il devient Secrétaire Général de SCAM Diesel, devenue Wartsila Diesel puis Cummins-Wartsila, et Président des filiales africaines en Côte d'Ivoire et au Sénégal (1991-1997) avant de prendre la Direction des Financements Structurés de Wartsila Power Finance (1998). Après avoir été nommé Directeur de cabinet et Chargé de mission auprès du Président du conseil d'administration de l'Aéroport de Bâle-Mulhouse en 1999, il devient Secrétaire Général de l'Aéroport de Bâle Mulhouse en 2000.